Désir de vie, désir de mort à l’adolescence : que veut (dire) l’adolescent/e suicidaire ?

Désir de vie, désir de mort à l’adolescence :
que veut (dire) l’adolescent/e suicidaire ?

La question de la mort, si l’on veut bien y prêter attention sans trop s’en effrayer, constitue une constante de l’épreuve que traverse tout/e adolescent/e. Se découvrant mortel/le alors même qu’il/elle est désormais en mesure de désirer et penser sa vie, l’adolescent/e est irrémédiablement renvoyé/e à la nécessité d’assumer, en son nom, la vanité de l’existence et ce qu’elle ouvre de possibles et d’impossible. Encore faut-il qu’il/elle puisse suffisamment se soutenir d’une vitalité soudainement décuplée par la survenue de la puberté. Cela ne va pas, paradoxalement, sans convoquer chez lui/elle un désir inédit et une aptitude nouvelle : se donner la mort.
En cela, le suicide – puisque c’est ce dont il est question – gagne, dans la perspective qui est la nôtre, à être traité d’abord comme un symptôme et, secondairement seulement, comme un problème de santé publique. C’est-à-dire d’abord en sa valeur polysémique – il y a autant de suicides qu’il y a de prétendants à l’autolyse – plutôt que comme un trouble du comportement à éradiquer à force mesures préventives, prédictives en fait.
Quel rapport singulier les adolescent/e/s entretiennent-ils/elles avec la mort ? Quel sens prend l’acte d’attenter à sa propre existence ? Prise de pouvoir sur ce qui s’impose à soi ? Désir de vivre autre chose ? Vécu d’impasse ? Fantasmes d’éternité ? Intolérance à la vanité de l’existence ? Message adressé aux parents, ou à d’autres ? Et comment accompagner les adolescent/e/s tentés par la mise à mort de soi ? Sacrifice de soi dans l’espoir d’un renouveau ailleurs ?
Que veut dire « prévenir le suicide » lorsque l’on ne se résout pas à en faire une question de surveillance comptable et de détection évaluative des probabilités de passage à l’acte ?
Cette 12e journée de formation sur « Comment écouter les adolescents ? » sera pour nous, et quelques autres, l’occasion de visiter les différentes dimensions du vécu suicidaire chez l’adolescent/e, pris en compte ici comme manière extrême de mettre en tension un possible mais insoutenable désir de vivre.

Daniel COUM,
Psychologue clinicien et directeur des services de l’association Parentel.